Première : Muriel Visa, Une place en plein coeur
Assise au bord de la fontaine de la Grand-Place, me voici trente ans plus tard, là où tout a
commencé et ne finira jamais. Le ciel est magnifique aujourd’hui, d’un bleu lumineux, tapissé d’une
multitude de nuages de coton comme une toile tendue et figée au-dessus de la place. La lumière des bâtiments environnants flamboie de couleurs ocre, rouge et jaune. Elle s’amuse à détailler les
moulures et les sculptures accrochées aux murs qui nous rappellent les siècles d’histoire dont a été témoin cette place grandiose. Le clapotis de l’eau, inlassablement, se répète dans la fontaine,
relaxante et chantante aux oreilles de ceux qui savent écouter. Des pigeons roucoulent, venus
picorer les miettes tombées des mains des passants gourmands. Le froissement de leurs ailes, quand ils s’envolent, s’accorde à la douce musique de l’eau. Habiter Lille et pouvoir flâner dans ce lieu, entendre le bruit de ses talons battre le pavé, quel bonheur ! Rester immobile, un instant hors du temps, pour admirer ses édifices, quel enchantement ! C’est la magie de cette place située au coeur de la ville.
Dans l’Histoire universelle de ce lieu, il y a mon histoire. C’était en 1982, j’avais vingt ans.
À l’époque, j’habitais rue Fontaine-Del-Saulx, une rue adjacente à la rue Nationale. Tous les
jours, je descendais ou remontais à pied cette longue rue, jusqu’à la Grand-Place que je traversais, mon carton à dessin sous le bras.